À l'époque victorienne, alors que les livres étaient un luxe et que les livres audio n'existaient pas encore, une profession unique existait : celle de lectrice. Il ne s'agissait pas...
À l'époque victorienne, alors que les livres étaient un luxe et que les livres audio n'existaient pas encore, une profession unique existait : celle de lectrice. Il ne s'agissait pas d'une simple servante, mais d'une dame de compagnie cultivée dont la voix résonnait dans les salons aristocratiques de Londres et des comtés environnants. Il s'agissait souvent de femmes nobles désargentées ou d'anciennes gouvernantes, comme Elizabeth Wooster, qui lisait Walter Scott et Jane Austen à la comtesse de St. John's dans les années 1870. Leur salaire pouvait atteindre 20 à 30 livres sterling par an. Les lecteurs ne se contentaient pas de lire à voix haute ; ils choisissaient leurs œuvres et discutaient des intrigues. Certains, comme Marion Crawford, passaient jusqu’à quatre heures par jour à lire Dickens ou Thackeray au domaine Spencer d’Althorp dans les années 1880. Le travail exigeait un équilibre délicat : un lecteur n’était pas un domestique, mais il n’était pas non plus l’égal de son interlocuteur. Une prononciation impeccable, la connaissance des usages et la capacité de lire pendant des heures sans se fatiguer – par exemple, « Jane Eyre » ou « Les Hauts de Hurlevent » – étaient indispensables. Au début du XXe siècle, avec la hausse de l'alphabétisation, la baisse du prix des livres et l'apparition de bibliothèques publiques comme St. James's, le métier de lecteur a progressivement disparu, laissant son empreinte sur l'histoire des foyers aristocratiques britanniques.
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